Tigrane l’Arménien

CRITIQUES LIVRES

Tout commence lors d’un séminaire d’étude où « les élites » modernes (politiques, hauts fonctionnaires européens, industriels, scientifiques et journalistes « fiables ») se retrouvent pour « les journées internationales de la bioresponsabilité ». Un grand nom pour désigner une réunion visant à faire l’apologie des pesticides et des OGM et décréter leur innocuité face aux inquiétudes du public alors que des apiculteurs en colère et des scientifiques disent le contraire.

Mais ce « pince-fesse » mondain tourne court quand l’un des invités le patron de la société Stolz, celle la même qui est accusée de tuer les abeilles et de causer l’impuissance chez les hommes, est abattu par un tireur inconnu. Thierry Arevchadian, un Commissaire européen français, qui se trouvait sur la trajectoire du projectile est épargné car il s’est baissé pour rattacher un lacet dénoué. C’est le beau-frère d’une des scientifiques qui condamne le pesticide de la Société allemande Stolz… Et, brutalement, nous nous retrouvons avec Bedros Arevchadian à Constantinople. Nous sommes en août 1914. Le jeune adolescent (qui deviendra le grand-père de Thierry et Tigrane Arevchadian) vient de quitter Trébizonde afin de poursuivre ses études. Il va vivre chez son oncle, avocat arménien et loyal sujet du sultan…

La Grande guerre éclate et, dès lors, l’auteur nous donne un roman qui s’apparente un peu au quadrille, sauf qu’au lieu de changer de partenaire le lecteur change régulièrement de protagoniste, de lieu et d’époque. Dans son récit, Olivier Delorme entremêle habilement la France et la Grèce de nos jours et la Turquie ottomane des années 1914-1920.

Un roman qui tisse des liens entre la fiction et la réalité, si la famille Arevchadian est une pure fiction (quoi que…) des personnages réels y figurent bien, si, parfois, ils sont à peine dissimulés sous un pseudonyme transparents (le Président de la République française ou la chancelière allemande…) d’autres, qui font partie inhérente de l’histoire le sont à visage découvert. Roman à suspens, Tigrane l’Arménien est aussi un récit politique qui plonge aussi bien dans les hautes sphères d’une Union européenne assujettie à un euromark qui écrase les peuples avec le célèbre TINA « there is no alternative » (les parties grecques du récit mettent cette affirmation en évidence) que dans la dénonciation du génocide arménien par la Turquie avec la mise en application de « la solution finale » préconisée et mise en place par les militaires du Reich allemand. Une solution finale condamnée dans les années 20 par les grandes puissances mais la géopolitique de l’époque fit oublier leurs promesses aux grandes puissances.

Mais Tigrane l’Arménien est également un roman de mœurs de notre temps et la sexualité des personnages est traitée avec autant de pudeur et réalisme que d’humour. Pour son sixième roman, Olivier Delorme nous offre un roman complet où s’imbriquent politique, économie, roman historique, thriller à suspense et histoire de cœur. Une œuvre magistrale bien rythmée et efficace.

 

Tigrane l’Arménien, Olivier Delorme. Editions la Différence, 384 pages, 19 €, ISBN : 978-2-7291-2319-2

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