L’importance d’Amazon pour les éditeurs

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Quelle est l’importance d’Amazon pour les éditeurs ? C’est ce que nous avons voulu savoir.

Sous la promesse de la confidentialité, nous avons réussi à convaincre trois éditeurs ayant des modes de vente différents de nous ouvrir leurs registres de vente afin de pouvoir en faire des comparaisons. Et le résultat est vraiment surprenant.

Nous commençons par le plus petit des trois éditeurs, « A ». Il existe depuis plus de deux ans, possède un catalogue d’une quinzaine d’ouvrages avec certains qui ont fait plus de 500 ventes. Il a fait le choix de vendre en direct sans diffuseur ni distributeur.  Il est référencé sous Dilicom et Electre, il reçoit donc des commandes venant des libraires. Son refus de prendre un distributeur  est purement économique. Il vise des ventes en direct dans les salons littéraires. Pour autant il a des commandes des libraires, presque uniquement à l’unité puisqu’il s’agit des ventes  sans retour. Il exige un payement à la commande, car il ne désire plus avoir, je cite : « un gros classeur d’impayé de la part des libraires »… On comprend rapidement que la vente en librairie n’est pas vraiment sa tasse de thé. Nous avons eu la possibilité de faire l’analyse des 6 derniers mois de vente avec comme résultat un % de commande d’Amazon qui correspond à 45% de toutes ses ventes. Pour lui Amazon représente un client sérieux qui paye toujours… Ce qui est surprenant c’est que nous avons en face de nous un éditeur qui cherche l’indépendance face aux libraires, mais qui finit par faire presque  la moitié de ses ventes avec un seul marchand…

Le deuxième éditeur, « B », existe depuis 5 ans, il possède un catalogue d’un peu plus d’une centaine d’ouvrages et fait à présent paraître en moyenne 30 livres et BD par ans. Il travaille avec un distributeur ce qui lui retire le travail de commande et de gestion. Pour lui, même si cela à un prix, environ 55% du prix de vente, celui lui permet de se consacrer davantage à son travail d’éditeur. Il râle beaucoup sur les retours en disant que c’est de la faute des libraires qui font trop de commandes, à croire qu’ils ne connaissent pas les choix de lecture de leurs clients. Il ne comprend pas pourquoi, malgré le fait qu’il puisse avoir un distributeur, qu’il puisse encore avoir des commandes en direct de la part des libraires qui essayent d’avoir une meilleure réduction… L’éditeur avance que s’il travaille avec un distributeur c’est pour justement ne plus devoir faire les commandes et les relances des factures. L’analyse des 6 derniers mois a été facile. D’un côté une importante liste de libraire passant des commandes à l’unité, ce n’est qu’une grande colonne du nombre 1, et de l’autre côté des noms des gros vendeurs comme la Fnac, mais avec en tête des commandes d’Amazon qui représente plus de 60% de la totalité des commandes.

Le troisième éditeur, « C » existe depuis 3 ans, il possède un catalogue de 70 ouvrages. Il travaille avec un diffuseur et un distributeur, ce qui lui permet d’avoir ses ouvrages présents presque partout en librairie. Lui aussi proteste énormément sur les retours des libraires. Il explique qu’il fait le choix de réduire le tirage qui va partir en diffusion quitte à faire une rupture de stock afin d’avoir moins de retour pour ensuite faire des nouveaux tirages parfois beaucoup plus importants, mais vendus en distribution donc avec un taux de retour moindre. Si le mode de procédure est contestable économiquement parlant, les résultats eux sont bien présents, pour preuve des pics de vente dépassant les 3000 exemplaires. Nous avons volontairement mis de côté les chiffres des retours et les chiffres de diffusion pour uniquement voir ceux du distributeur. Et ce fut une énorme surprise : Amazon représente 75% de la totalité des commandes sur une année entière.

Il est à présent impossible voir suicidaire pour un éditeur de refuser de vendre avec Amazon. Les libraires ne sont pas suffisamment nombreux et ils ne font pas suffisamment de commande et de vente pour qu’un éditeur puisse dire qu’il refuse Amazon. Pourtant il ne faut pas jeter la pierre aux éditeurs, ce sont les lecteurs, les clients qui font le choix du lieu de leurs achats. La grande force d’Amazon est d’avoir à disposition toutes les références, même ceux produits par des petits éditeurs comme « A » qui sont introuvables sur les tables des libraires. C’est la diversité qui manque aux libraires. Pour autant les éditeurs « B » et « C » ont des contradictions de langage, ils râlent contre les libraires et les retours, mais ils ont volontairement fait le choix de prendre des distributeurs pour justement être présent chez les libraires dans le but d’être le plus visible que possible. Et malgré cela leur client principal c’est toujours Amazon. Il est connu qu’il est dangereux de dépendre d’un seul client. Que va-t-il se passer si un jour Amazon décide de ne plus commercialiser certains éditeurs ?

Le monde du livre est en récession, on vend plus de référence, mais moins en volume, en clair cela signifie que les Français achètent moins de livres ! Les premières victimes de la réduction des ventes ce sont les auteurs à qui la société a voulu faire croire que la profession d’auteur était couverte par des cotisations à une certaine protection. Être auteur est certes un métier, mais sans garantie financière. Les prochaines victimes vont être les libraires qui doivent faire face à la concurrence d’Amazon et à une réduction du chiffre d’affaires. Les suivants seront les éditeurs et les toutes dernières victimes seront les lecteurs qui  n’auront plus que la possibilité de  lire ce qu’Amazon n’aura pas fait interdire, car c’est bien dans une direction totalitaire que notre société prend le chemin.

La solution n’est pas d’interdire l’existence d’Amazon. Il faut combattre le mal par le mal, faire en sorte que les libraires puissent vendre des livres comme ceux de l’éditeur « A », il faut que les libraires refassent leur travail de découverte, au lieu de toujours mettre en vitrine le dernier Musso… C’est aussi en soutenant les sites marchands regroupant les libraires comme lalibrairie.com que nous pouvons faire changer la situation.

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