La guerre infernale : La planète en feu

CRITIQUES LIVRES

Tout commence dans les premières années du XXe siècle. La Haye, capitale des Pays Bas accueille la Conférence pour la Paix, fondée, en 1895, sur une initiative du tzar de Russie Nicolas II : au programme la fraternité entre les peuples. Les organisateurs ont bien fait les choses, bons repas, vins fins et cigares agrémentent les réunions fort conviviales jusqu’à un certain soir. Quand le sorbet arrive, une question de protocole met le feu aux poudres. Le plénipotentiaire britannique s’estime insulté par l’allemand qui refuse de lui présenter ses excuses. Le ton monte et les délégations en présence prennent parti pour l’un ou l’autre camp. Grâce au téléphotographe qui transmet en même temps le son et l’image, les capitales sont immédiatement averties de l’incident et rappellent leurs diplomates. Dans la même nuit La Haye est à feu et à sang. La ville est bombardée par les Allemands et des bandes anarchistes augmentent le désordre. Envoyé spécial du journal l’An 2000, le narrateur, retourne à Paris à bord de son aérocar(un dirigeable). A bord de l’appareil, prennent place avec lui l’équipage de trois hommes, son boy chinois, ses deux assistants et la fille du propriétaire de l’hôtel…

 

Publiée pour la première fois, de janvier à août 1908, sous la forme de fascicules hebdomadaires paraissant le jeudi (jour sans école à l’époque) cette Guerre infernale était un long roman d’anticipation (de 951 pages) à destination de la jeunesse. Ce récit qui connut un réel succès à l’époque peut s’apparenter à une vision prémonitoire de la « vraie guerre » qui allait éclater en 1914. Pierre Giffard nous décrit une véritable guerre mondiale où toute la planète s’embrase avec certains événements qui se produiront réellement. Par le jeu des alliances, la France (et ses colonies) se retrouve avec la Grande-Bretagne, la Russie, l’Italie et le Japon contre les Empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie), comme dans la réalité, l’Allemagne viole la neutralité de la Belgique… Des différences apparaissent pourtant contribuant à faire une uchronie du récit. Les Etats-Unis, soucieux de briser la prépondérance maritime des Britanniques, ont la mauvaise idée de se ranger dans le camp des empires. L’occasion est trop belle pour le Japon qui se hâte de les envahir. D’autres différences se font jour au niveau technique entre la réalité et la fiction. L’armée de l’air (baptisée ici aérotactique) composée d’aérocars, capables de voler jusqu’à plus de 60 km/h est largement opérationnelle de même que les blindés.

 

Notons enfin que les auteurs sont néanmoins de leur époque quand ils décrivent les relations humaines : les femmes sont de petites choses fragiles qu’il faut protéger et les Chinois rangés au rang de « boys » n’ont pas tout à fait le même statut que les Européens. Le récit, mené de façon alerte est plaisant à lire et use allégrement de l’imparfait du subjonctif qu’aujourd’hui l’on a tendance à oublier. Au final, ce premier volet de la série est une excellente mise en bouche pour un grand roman injustement oublié dont le scénario est brillamment illustré par l’immense Albert Robida.

 

La guerre infernale, volume 1 : La planète en feu, texte de Pierre Giffard, illustrations Albert Robida. Editions de Varly, 64 pages, 12 euros.

Disponible chez l’éditeur

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