Daghailchiih, Tu rapporteras à ton père le scalp d’Hitler

CRITIQUES LIVRES

L’été 1938, David ou Schoolboy revient chez lui à Chinle, une réserve de l’Arizona. C’est là que, depuis la fin des guerres  indiennes les Navajos/les Dineh sont parqués et attendent que le temps s’écoule. Le retour de David qui marque, depuis sa petite enfance, celui de la chaleur ne signifie pas pour lui un retour aux sources. Scolarisé chez les Blancs ou Teacher Abraham l’a pris en affection, le jeune garçon est écartelé entre ses deux cultures. Un conflit interne encore augmenté car, aux yeux de ceux de son peuple, il se sait incomplet Sa mère, morte lors de sa naissance, n’a pas expulsé tout le placenta, faisant de lui un être non fini : aucun nom indien ne lui a été donné à la naissance.

David, du haut de ses treize ou quatorze ans, revient chez lui. Comme à chaque fois, il va séjourner chez son grand-père qui tente –tant bien que mal– de maintenir des traditions ancestrales comme une poignée de sable qui s’échappe d’un main serrée. Signe des temps qui changent, son père, mal dans sa peau, a construit son identité indienne sur la base d’un western où le chef indien était incarné par un acteur japonais… Et le jour précis où David rentre chez lui, ce père pris de boisson court, nu, jusqu’à la ville en criant que les nazis sont en Amérique et qu’il faut les arrêter. Aidé par un ami, David ramène son père chez lui avant d’aller dormir chez son grand-père. Le lendemain, il retrouve son père frappé par une attaque. Transporté à l’hôpital des Blancs, il va plonger dans le coma mais, avant, il confie une mission à son fils : ramener le scalp d’Hitler qui, pour les Navajos s’appelle : Mustache Smeller ou Daghailchiih !

C’est malgré lui que le jeune garçon va se retrouver lancé dans une quête folle qui va l’amener à quitter la réserve et faire diverses rencontres qui vont le marquer de façon indélébile. Au fil des rencontres, David va vivre la guerre mais de l’intérieur, avec en germe les futurs camps de « concentration » pour les Japonais, avec la ségrégation, le mensonge et les haines nazies bien présentes sur le sol américain.

Un récit initiatique

Solidement documenté ce livre donne à voir au quotidien la vie difficile des Indiens dans la réserve et leur exploitation par les Blancs qui payent leur travail non pas en dollars mais en ligne de crédit chez les commerçants locaux. La fabrication d’un gigantesque tapis traditionnel par Little Warrior, la demi-sœur de David, est un exemple patent de la condition d’esclave où ils sont réduits. La dictature des femmes qui régissent le monde indien, le peyotl qui tire l’âme hors du corps et le laisse affaibli, les esprits qui hantent le moindre canyon, tout cela est décrit avec précision et contribue à la véracité d’un monde étranger à l’homme blanc.

Récit initiatique Daghailchiih, est écrit dans une langue superbe, fluide et harmonieuse. L’auteur, Nicolas Le Golvan, est professeur de français, mais il sait abandonner le formalisme académique pour donner un récit vivant et d’une grande densité. Tel qu’il est décrit, le périple de David est tout à la fois le récit d’un accouchement, celui d’un jeune garçon innocent qui découvre le monde et le chant funèbre d’un monde qui va s’engloutir dans la guerre et perdre ses repères traditionnels. Un livre fort qui pose la question cruciale de savoir qui l’on est et où l’on se sent le droit d’exister.

Daghailchiih, Tu rapporteras à ton père le scalp d’Hitler

  • Nicolas Le Golvan
  • Editeur : Sipayat
  • Sortie : 13 mars 2017
  • Prix : 27 euros
  • Pages : 435
  • ISBN : 978-2-919228-18-8

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