Le cycle des Acmènes : Namathée

CRITIQUES LIVRES

Sur un fleuve furieux, un esquif file au gré des flots. A son bord, un homme blessé, inconscient. Un aigle survole l’embarcation et la force à prendre un bras moins tumultueux. Par les yeux de l’oiseau, Forourgh, la prêtresse du Temps, se rend compte du danger et envoie en grand secret Tarcyt, l’un des meilleurs capitaines de la cité, et quelques compagnons à travers le désert pour sauver cet étranger aux cheveux d’or.

Soigné par la prêtresse, l’homme va se rétablir mais il a perdu la mémoire. Tout son passé est effacé ! Pour ne pas demeurer l’étranger, avec l’aide de Forourgh, il décide de s’appeler Arcan et de s’intégrer totalement à Namarthée, cette cité qui est menacée par des envahisseurs sans pitié venus de tous les côtés de l’horizon. Alors qu’Arcan travaille aux champs avec d’autres citadins, une bande armée sème la mort parmi ses compagnons et le naufragé constatant qu’il sait se battre veut intégrer les défenseurs de Namarthée. Un rôle réservé aux citoyens. Pour le devenir de façon officielle, il devra subir une épreuve initiatique : ramener un œuf d’aigle de la montagne proche…

L’heroic fantasy épaulée par l’histoire

Premier roman de Florent Bainier, Namathée relève de l’heroic fantasy. Mais à la différence de Conan qui a popularisé le genre en France, nous avons un personnage plus réfléchi  qui ne se sert pas uniquement de son épée et utilise aussi son intelligence. Par ailleurs, l’auteur fort d’une solide culture historique donne corps à un récit crédible et emprunte beaucoup à différentes nations antiques qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Perses, Egyptiens, Grecs Scythes, Incas et d’autres sont mis à contribution tant pour leurs particularités culturelles que religieuses ou militaires. C’est ainsi que l’épisode des Horaces et des Curiaces rappporté par Tite-Live est repris ici presque sans changement. Autre emprunt à une civilisation antique et non-européenne, le voyage dans l’astral –effectué par Arcan et les grands prêtres de Namathée– trouve son origine dans le bouddhisme tibétain. Pour son roman, Florent Bainier a choisi le cadre de l’âge de bronze (entre 3000 et 1000 avant J.-C.), c’est la période des cités-états qui précède celle des premiers grands royaumes et empire. Une époque qui, comme il l’avoue le fascine : « Enfin, si l’action se déroule dans la haute antiquité, à l’époque de l’âge du bronze, c’est parce que j’ai toujours été fasciné par cette période, l’histoire antique et la mythologie. Les peuples intervenant dans Namathée et les paysages traversés m’ont été inspirés par mon goût pour l’archéologie et mes voyages autour du monde ».

Un récit d’action et d’aventures

Les cités sont bien décrites tout comme les remparts ou l’architecture des grands bâtiments mais ce qui manque, ce sont les petites gens qui font vivre et animent ces cités. Tarcyt, l’un des principaux personnages, est forgeron mais on ne le voit pas travailler le métal et sa vie de famille semble inexistante. Rien ou presque sur le peuple. Récit d’action, le narrateur, s’il brosse à grands traits l’histoire de  Namathée et son panthéon se concentre essentiellement sur le rôle de quelques dirigeants, même si pour leur donner un aspect plus humain il esquisse une histoire d’amour impossible.

Petit bémol, l’on peut regretter une absence de suspens dû à l’usage des rêves prémonitoires même si parfois, leurs interprétations sont sujettes à confusion comme dans le cas de Crésus interrogeant la pythie à propos de la guerre qu’il voulait mener contre la Perse. L’oracle répondit : « Si Crésus traverse l’Halys, il détruira un grand empire ». Comprenant que la victoire lui était acquise, Crésus se lança dans la guerre et son empire fut détruit. Dans un de ces rêves, Arcan voit s’offrir deux avenirs, celui d’un conquérant tel Alexandre ou, s’il fait le mauvais choix, la mort… Réponse dans le volume 2 (à paraitre).

Estimant trop long, le temps de réaction des éditeurs classiques, Florent Bainier a opté pour l’auto-édition afin de se frotter plus rapidement aux lecteurs malgré les risques de méconnaissance de la critique. En effet, si beaucoup de livres, publiés à compte d’auteur ou en auto-édition, souffrent d’une mauvaise réputation en raison d’un manque de relecture professionnelle, tous ne sont pas à dédaigner (comme le célèbre Du côté de chez Swann, le premier volume de A la recherche du temps perdu de Proust) dont la première édition se fit justement à compte d’auteur. Ce premier roman de Bainier (qui n’est pas Proust) évite le côté pesant de l’amateurisme. L’auteur sait écrire et captiver son lecteur avec un style fluide et agréable. Le récit –découpé en chapitres courts– donne un rythme alerte et soutenu sans être trop rapide, les descriptions et les personnages bien amenés sont crédibles.

 

Le cycle des Acmènes tome 1 : Namathée, Florent Bainier.

Diffusion Amazon , l’ouvrage est disponible en trois versions : un ebook à 2.99 euros, un format poche à 10.90 euros, et un grand format à 20 euros pour 500 pages.

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