BD : Quelques mois à l\’Amélie

CRITIQUES BD

Alloys Clark est un écrivain talentueux mais désespérément seul. Le décès soudain de son père le précipite dans la phobie de la page blanche. Tous les remèdes sont vains : assister à des diners mondains ou donner un cours de littérature à quelques étudiants rêveurs ne font qu’amplifier son mal être. C’est finalement du fond de sa bibliothèque que la solution surgit, sous la forme d’un petit livre sans prétention. Clark se jette corps et âme dans la lecture du « Coucou », récit autobiographique d’une expérience hors du commun. Il voit soudain dans la vie de l’auteur se matérialiser un tournant pour sa carrière d’écrivain. Il décide alors d’appliquer à la lettre les recommandations de ce mystérieux Dorian…

Au-delà de ce magnifique récit, c’est la profession tumultueuse d’écrivain qui est contée. Jean -Claude Denis, un peu comme un Douglas Kennedy de la BD, aime faire souffrir ses personnages. C’est parce qu’ils lui ressemblent, semble-t-il nous confier. Le récit de « Quelques mois à l’Amélie » montre combien écriture et émotions peuvent être liées. Le goût d’écrire peut s’envoler avec la perte d’un être cher, mais renaître dans le désir d’une femme. En Dorian, Alloys Clark trouvera son guide à travers la dépression et retrouvera son envie d’écrire, puis celle d’aller vers les autres. Au départ impassible, le héros finit même par communiquer une certaine joie de vivre, quoique empreinte de nostalgie. La qualité de « Quelques mois à l’Amélie » réside dans le fait que Jean-Claude Denis dote tous ses personnages d’une histoire, qui ne se déroule pas seulement dans le présent. L’auteur veille à ce que l’émotion imprègne chaque page, sans verser dans le sentimentalisme. Beaucoup d’anecdotes respirent le vécu, l’occasion de quelques aveux mal dissimulés, comme la crainte de l’auteur pour les gens « que seul l’avenir intéresse ». Servi par une prose impeccable, « Quelques mois à l’Amélie » est, plus qu’une BD, un véritable roman graphique.

 

 

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