BD / Manga : Les Gouttes de Dieu

CRITIQUES BD

14 tomes au Japon en cours, 4 en France (en octobre 2008)

Shizuku Kanzaki est entrainé dès son plus jeune âge par son père, le célèbre œnologue Japonais, Yutaka Kanzaki, aux métiers du vin par une étude intensive des goûts et des odeurs. Excédé par cette vie, écœuré par cet alcool, il rompt tout contact avec ce tyran. La mort de Yutaka Kanzaki et l’étrange testament qu’il lègue à son fils va bouleverser la donne.

En effet, son héritage ira à celui qui, en un an, découvrira quel est le nom et le millésime des douze vins qu’il appelle les Apôtres, et leur Seigneur : les Gouttes de Dieu. Shizuku apprend alors que son père a adopté un second fils une semaine avant de mourir, Issei Tomine, œnologue  réputé. L’antipathie entre les deux hommes est immédiate et va pousser Shizuku sur les pas de son père. Il apprendra enfin à connaître ce dictateur aux étranges manières et le monde merveilleux dans lequel il vivait.

Les Gouttes de Dieu est un shonen (un manga pour garçons adolescents-jeunes adultes) classique et atypique. L’habitué y discernera aisément les ficelles du genre : amitié, rivalité, premiers ennemis qui deviennent les compagnons du héros, etc. Si la forme de l’histoire est connue et reconnue, le fond est bien plus original.

Ici point de combat, de pouvoir magique, de mentor ou de grand méchant, toute l’action tourne autour de la découverte du vin, des sensations qu’il procure, des sentiments qu’il véhicule et des goûts qu’il libère. Bien que le synopsis soit exposé dès le départ (la quête des Gouttes de Dieu), le récit est émaillé de rencontres et de tranches de vie (duel entre vins italiens et français, combler les désirs d’un critique gastronomique, etc.) qui permettent au héros de progresser, de mettre en avant une ou plusieurs bouteilles  et d’approfondir le caractère de nos personnages en creusant les liens qui les lient entre eux et à cet univers qui se dévoile peu à peu.

Les Gouttes de Dieu est une réussite graphique. Le dessinateur a une patte qui ressemble par certains égards à  Takeshi Obata (le héros  et Kira de Death Note partage quelques similitudes) ce qui n’est pas un mince compliment. Les personnages ont une âme qui les différencie bien les uns des autres, leurs émotions sont retranscrites avec réalisme et ne sont jamais excessives. Enfin excessives… Presque jamais dirons-nous, car les auteurs pour bien nous faire comprendre l’essence d’un vin ont abandonné les longs bavardages pour utiliser des tableaux, des images ou des scènes de la vie. Par exemple, tel crû (un Château Boyd-Cantenac 2001) sera une fête masquée, telle autre (Château Mont-Pérat 2001) évoquera le groupe Queen, tel suivant (Château Mouton Rothschild 1982) l’Angélus et ainsi de suite. Ces comparaisons sont par moment tellement surprenantes et inattendues qu’elles nous arrachent des éclats de rire non désirés par les auteurs, ce qui est d’ailleurs le seul défaut du manga qui en fait un peu trop à ce niveau.

Les Gouttes de Dieu est un excellent shonen. Il change agréablement des séries manichéennes à la Naruto et Bleach qui trustent les ventes. Son histoire, ses personnages et ses dessins nous transportent dans un univers à la fois  familier et inconnu. Le ravissement, complet, nous plonge dans le manga jusqu’à la dernière case. Seul bémol, les plats de cuisine française trop bien dessinés qui invitent le lecteur à se plonger avec gourmandise dans son frigo !

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