BD : Ceci est mon corps- Tome 1- Lumière crue

CRITIQUES BD

« Ceci est mon corps » n’est pas une bande dessinée sur la reconversion

religieuse, loin s’en faut. Il est question de mal-être adolescent,

encore d’actualité dans un futur proche. Il est aussi question de la

propriété du corps : peut-on faire n’importe quoi de son propre corps ou

faut-il emprunter celui d’un autre ? Comme beaucoup d’autres ados de son

rang social, Lucas est un drogué. Au lieu d’aller à l’université, il

préfère gober des cachets hallucinogènes qui le font dormir toute la

journée près de la piscine. Profiter de l’instant présent, rien d’autre…

Sauf que son ami Nath, autant voire plus désespéré que lui, va lui faire

découvrir un jeu d’un réalisme étonnant. Avec un casque virtuel (en fait

une oreillette qui capte les ondes cérébrales), on peut contrôler les

faits et gestes d’une « racaille » du bas Hollywood. Courses poursuites,

fusillades entre gangs : tout à l\’air si réel… peut être parce que ça

l\’est réellement ?

L’addiction aux jeux vidéo est un problème croissant chez nos

adolescents : ces jeux sont de plus en plus réalistes, conçus pour

immerger au maximum le joueur et le couper du monde extérieur. « Ceci

est mon corps » est une mise en garde contre la dérive possible des

nouvelles technologies chez des adultes en devenir, des ados pas encore

complètement formés. La violence virtuelle a un réel impact sur la

perception de la gravité de nos actes, comme le montre « Ceci est mon

corps » où les deux mondes finissent par fusionner. L’autre dénonciation

de la BD concerne le fossé croissant entre riches et pauvres. A force de

construire des ghettos, d’étirer les extrêmes, ne risque-t-on pas de

revenir à une forme d’esclavage, où les pauvres auront à faire des

courbettes devant les riches ? « Ceci est mon corps » envisage l’affront

ultime, la location de corps, où l’on remet dans les mains d’un autre

(en l’occurrence un ado écervelé) le contrôle de sa propre existence

contre un peu d’argent. Mais, à la fin, la seule victime de ce jeu

dangereux est le joueur lui-même, coincé dans sa bulle virtuelle… Lucas

va-t-il en venir au point de regretter sa vie sans saveur ?

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