Rédemption

Rédemption

Etats-Unis, 1862. Fuyant la Louisiane, Moïse,  l’esclave manchot, est passé au Nord. Là, si l’esclavage n’existe pas, ce n’est pas non plus l’égalité et la ségrégation règne : « Esclave j’étais architecte, libre ils ne veulent même pas de moi comme manœuvre ». A New York, il rencontre Abraham qui trouve toujours dans la Bible le verset expliquant et justifiant ses actes. De son côté, Charles Berthier, devenu officier dans l’armée des Confédérés, fait face à la boucherie de la guerre de Sécession. Restée à White Plain, sa sœur Joséphine aidée par Pete Cutler tente de maintenir la plantation en état de marche alors que le Sud s’effondre, emporté par la guerre et les temps nouveaux…

Les protagonistes de cette histoire sont réunis par un terrible secret de famille. Seule, la maîtresse de White Plain (dont la raison s’est égarée) en connaît la teneur… Sur ce point de départ, l’auteur ajoute des éléments imprimés dans la mémoire collective. S’il ne se trouve pas d’oncle Tom dans ce qui n’est pas exactement non plus une nouvelle version d’Autant en emporte le vent, cela n’empêche pas que les thèmes de base soient identiques : une grande et riche propriété sudiste, des esclaves et la Guerre de Sécession qui met fin à un univers. Une quête multiple, de vengeance, de haine et de vérité anime des personnages dépassés par leurs émotions et leurs sentiments. Jouets du destin, pourront-ils supporter cette vérité ? Une tragédie digne de l’antique.

 

Les Maîtres de White Plain, tome 2 : Rédemption, Edouard Chevais-Deighton, Antoine Giner-Belmonte. Editions Grand Angle, 56 pages, 14,50 euros.

Communistes !

Communistes !

En France, dans les années 1970. Pascal grandit au sein d’une famille de militants communistes. Sensibilisé très tôt par ses parents à l’idée de justice sociale, il vit de l’intérieur tout ce qui fait l’essence de la lutte : les manifs, les distributions de tracts, les assemblées générales, le collage d’affiches sauvages, la fête de l’Huma, la lecture de Pif (surtout) et l’espoir des lendemains qui chantent. Le communisme, c’est tout cela, et bien plus encore ! De son regard naïf et innocent, il dresse ainsi un inventaire de ces obstinations, de ces rêves, de ce ridicule parfois, de ce dogmatisme souvent, mais aussi de cette réelle camaraderie, de cette générosité débordante et de cet enthousiasme aveugle, écrivant le récit d’une lutte aussi farouche que belle et joyeuse.

Nostalgique, cette chronique autobiographique d’une enfance heureuse montre un monde disparu où le parti communiste représentait près d’un électeur sur quatre. Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître. Mais si l’auteur éprouve de la tendresse –peut-être plus pour son enfance que pour le PC lui-même–, il ne verse pas dans le militantisme et s’il en rapporte fidèlement les grandes heures, il ne passe pas sous silence les erreurs d’un parti politique trop lié à une nation étrangère. Budapest, Prague, « le bilan globalement positif de l’URSS » sont évoqués comme autant de clous dans le cercueil d’une idéologie qui renvoyait la liberté aux calendes grecques. Alors que le PC semble disparaître de l’horizon politique français, cet ouvrage rappelle qu’à tort ou à raison, il fut porteur d’espoir.

Communistes ! Pascal Thivillon. Editions Glénat, 120 pages, 15 euros.

La Neige et l’acier

La Neige et l’acier

Londres, 1892. Comme la plupart des enfants de la cité ouvrière dans laquelle elle vit, Indira descend tous les jours dans les mines de charbon, sans jamais protester. Mais, elle est malade et tousse beaucoup, dans son entourage, on parle de silicose. Eliott, son petit frère, décide de la remplacer, seulement trop petit, cet emploi lui est refusé. C’est alors que Cathleen Sachs, la richissime propriétaire des mines de charbon, lui offre un autre travail, mieux adapté à ses petites mains habiles : la fabrication de jouets mécaniques. Une proposition qui le comble, lui qui est passionné par les automates. Mais Eliott disparaît, pour Indira, plus rien n’a d’importance… Elle se lance alors dans une quête désespérée pour le retrouver, et réalise qu’il n’est pas le seul enfant à avoir mystérieusement disparu… Toutes les pistes semblent mener à la même mystérieuse personne : Cathleen Sachs…

Dreams Factory est un diptyque steampunk, à mi-chemin entre Hansel et Gretel, Oliver Twist et La Cité des enfants perdus. Le scénario qui manque un peu d’originalité et donne une impression de déjà vu (dénonciation de la société de consommation et du travail des enfants) est sauvé par le travail du dessinateur Suheb Zako. Pour son premier album, cet illustrateur –venant– de l’animation restitue à merveille l’atmosphère sombre du récit qui est encore amplifiée par la mise en couleurs de Lena Sayaphoum où la froideur du bleu est omniprésente. L’énigmatique Cathleen Sachs devrait dévoiler le secret qui l’entoure dans le prochain volume et relancer un scénario qui ronronne trop doucement.

 

Dreams Factory, tome 1 : La Neige et l’acier, Jérôme Hamon et Suheb Zako. Editions Soleil, 60 pages, 15,50 euros.

Veni, vidi, vici

Veni, vidi, vici

46 avant J.-C. Alors qu’il livre bataille au roi du Pont, César confie à Alix la mission de rechercher des manuscrits dans les bibliothèques et les temples de Samosate pour la future grande bibliothèque qu’il envisage de créer à Rome. Mais les gens s’agitent. Les anciens partisans de Pompée, ligués aux partisans de Pharnace, roi du Pont, ourdissent un complot afin de libérer Samosate de la domination romaine en exterminant tous les membres de la colonie romaine…

Pour les amateurs de BD classiques, chaque nouvelle parution d’un album d’Alix est un petit événement. Pour ses 70 ans, le fringant jeune Gaulois romanisé revient sous le travail d’un nouveau duo d’auteurs. Comme le scénario de David B. qui renoue avec une atmosphère fantastique (l’Ile maudite, la Tiare d’Oribal), Giorgio Albertini, le dessinateur a repris le style utilisé par Jacques Martin dans les années 50/60. C’est également l’occasion de retrouver Arbacès, l’un des plus farouches adversaires du jeune Gaulois.

Première véritable grande BD historique, les aventures d’Alix de Jacques Martin s’adressaient d’abord à de jeunes lecteurs, l’auteur faisait passer à travers elles un regard insolite, curieux et singulier. Ses repreneurs marchent fidèlement dans ses traces comme le montre la date où se déroule le récit. En effet, placer l’histoire en 46 av. J.-C. n’est pas innocent. César, au sommet de sa gloire, vient de réformer le calendrier et cette année exceptionnelle traine en longueur avec ses 447 jours et, au travers des sacrifices rituels, les oracles délivrent des messages contradictoires.

 

Les Aventures d’Alix, tome 37 : Veni, vidi, vici, David B. et Giorgio Albertini. Editions Casterman, 48 pages, 11, 95 euros.

Les TOP 3 du vendredi 28 septembre 2018

Chiffres Livres Hebdo

Romans :

1 Les prénoms épicènes d’Amélie Nothomb, Albin Michel

2 La vraie vie d’Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste

3 A son image de Jérôme Ferrari, Actes Sud

BD :

1 Silex and the city 8 : L’homme de Cro-Macron de Jul, Dargaud

2 Alix 37 : Veni vidi vici de David B et G.Albertini

3 Le chat du rabbin 8 : petit panier aux amandes de Joann Sfar, Dargaud

Manga :

1 The promised neverland 3 de Kaiu Shirai et Posuka Demizu, Kazé Manga

2 My hero academia 15 : lutte contre le destin de Kohei Horikoshi, Ki-oon

3 L’attaque des titans 25 de Hajime Isayama, Pika

Cette semaine c’est David B qui crée la surprise avec sa reprise d’Alix.