BD :Les amis de Pancho Villa

Chihuahua, Mexique, 1910. La révolution est en marche. La guerre civile vient de commencer à cause d’une lutte de politiciens, Diaz contre Madero que rejoint Pancho Villa, assassin notoire. Rodolfo Fierro, dit Rudy, fraîchement sorti de prison, croise la route des insurgés de Villa, qui tuent, pillent et rançonnent pour le compte de la révolution. Rudy, un autre assassin, choisit de se joindre aux forts pour opprimer les faibles. Il est accueilli à bras ouverts par Villa, au charisme exceptionnel, qui aime les bons tireurs… Dessinateur et scénariste, Léonard Chemineau adapte ici avec talent, pour sa première bande dessinée, un roman de James Carlos Blake qui nous fait vivre la guerre civile mexicaine de l’intérieur. Le cadre historique est parfaitement respecté. Chemineau retrace l’histoire violente et complexe de Blake sans avoir peur de montrer l’insoutenable et l’horreur. Pour le reste, il nous offre un formidable récit avec en toile de fond la chronique minutieuse et crue de la révolution mexicaine. Entre brigandage et politique, une histoire d’hommes tour à tour horrifiante et passionnée, forgée dans la violence et l’exaltation révolutionnaire, par delà la morale, par delà le bien et le mal. Graphiquement, Chemineau réussit un petit exploit en livrant un pavé de 130 planches. Son trait précis et évocateur dessine une galerie de portraits hauts en couleurs.
Une adaptation réussie et un pavé sanglant, complexe, instructif et passionnant qu’on lit d’une traite.

BD : Sherman T5 Les ruines. Berlin

Fin des années 40. Jay accepte le rendez de Klaus Dimitar, celui qui a participé à la mise au point de tous les détails de la solution finale. Les deux hommes ont une explication orageuse. Dimitar nie avoir tué Robert et détenir Jeannie. Il veut savoir ce qu’est devenu son or qui a disparu. Jay nie qu’il savait que ses usines fabriquaient du gaz. En 1941, Jeannie et son père partent pour l’Allemagne… Stephen Desberg au scénario, et Griffo au dessin, nous plongent en plein roman noir. Desberg va entraîner le lecteur dans le passé de Jay afin de découvrir pourquoi on lui en veut. Dialogues ciselés, densité scénaristique et progression parfaitement maîtrisée jalonnent le récit. Par des flashs back, Desberg mélange passé et présent. Pour le passé, Jay semble avoir connu une réussite indéniable comme homme d’affaires, mais il subsiste des zones de mystère. Avec cet opus, le voile se déchire. Jay était au courant pour les chambres à gaz même s’il ignorait que ses usines en fabriquaient. A son corps défendant, il a collaboré avec les nazis pour blanchir leur argent sale. Griffo restitue parfaitement toutes les époques, sans jamais se départir d’un dynamisme visuel et d’un sens de la narration qui met merveilleusement en valeur les émotions profondes qui se dégagent de l’intrigue.
Un avant dernier épisode palpitant parce qu’il fournit enfin des réponses à une partie des questions. A découvrir absolument !

BD : Percy Shelley T1

1811, Université d’Oxford. Le recteur est ulcéré car un traité intitulé « De la nécessité de l’athéisme » circule dans le campus. L’auteur n’est autre que Percy Bysshe Shelley, un incurable adolescent sûr de lui. Il est expulsé avec fracas ! De retour chez lui dans le Sussex, refusant de s’excuser, il est viré par son père. Cela ne l’ébranle aucunement. Il part chez ses sœurs à Londres. Ces dernières ne le supportent pas ! Il leur dérobe de l’argent et repart avec Harriet, une étudiante…Le scénariste David Vandermeulen s’est intéressé de près au mouvement gothique et à la période du romantisme anglais au XVIIIème siècle. Pour faire passer en BD un sujet un peu rebutant, Vandermeulen adopte un ton léger et jovial que l’on retrouve dans les dialogues et les situations. La seconde épouse de Percy, Mary, est la plus connue sur le continent pour avoir écrit Frankenstein. Mais, il faut savoir que Percy était plus apprécié que sa femme dans son pays pour ses idées contestataires et ses envies de liberté qu’il défendait politiquement. Au fil de cette histoire, le lecteur pardonne les excentricités de Percy qui reste clairement un éternel adolescent. Au cours des 70 pages du récit, le dessin juste, vif et frais de Daniel Casanave fait mouche. Rarement la bande dessinée aura abordé la grande littérature – la poésie, même – sur un ton aussi badin, aussi vivant.
Une grande balade romantique en très bonne compagnie. A découvrir !

BD : Le Château des ruisseaux

Toxicomane, Jean a assisté à l’overdose de celui qui volait dans les magasins avec lui. Le juge l’a obligé à un suivi thérapeutique. Il a été admis au centre Apte « Aide et prévention de la toxico-dépendance par l’Entraide » à Soissons dans l’Aisne. Apte se trouve au Château des ruisseaux et s’inspire des pratiques thérapeutiques américaines. Bien accueilli par le groupe, Jean a un entretien avec le directeur qui lui apprend qu’il est un ancien drogué comme tout le personnel d’Apte. Au Château, on ne consomme plus… Le scénariste Frédéric Poincelet nous livre ici une autofiction. La plupart des personnages existent ou ont existé. Toutes les anecdotes sont vraies. Et, le Château des ruisseaux existe bel et bien. Le lecteur a donc la chance de découvrir le vécu de toxicomanes avec le constat du nombre faible de guérison. A travers les discussions des différents acteurs, on lit leurs parcours poignants. Ce qui emporte aussi l’adhésion dans cette bande dessinée, c’est le travail prodigieux de Bernière. Le graphisme de Bernière, très épuré, restitue les émotions et les expressions. Conçu comme un huis-clos, le récit se passe de décors. Mais, Bernière sait faire vivre ses personnages dans les couleurs douces de Véronique Dorey.
Un docu-fiction absolument passionnant qui suscite la réflexion. A ne pas manquer !

BD : Neige et Roc

Lucas et Olivier, hormis leur âge, n’ont à peu près rien en commun –excepté peut-être une relation difficile avec un ado dont ils doivent s’occuper seuls. Lucas, ancien soldat de l’armée d’Israël et tireur d’élite à Tsahal, se débat à Paris avec une lourde dette de jeu dont il doit s’acquitter en urgence auprès de la mafia russe. Olivier, guide-gendarme de haute montagne à Chamonix comme son père avant lui, est hanté par le souvenir de celui-ci, mort à ses côtés alors qu’ils étaient ensemble en cordée… Le scénariste Stéphane Piatzsezk présente ici un thriller à couper le souffle. Dès le début, le suspense s’invite tandis que les personnages ont un véritable profil psychologique. La curiosité du lecteur est éveillée par deux histoires parallèles et on se demande par quel biais le scénariste va pouvoir les réunir. Car, on sent immédiatement que le face à face est inexorable. Mais, c’est le final percutant qui secoue le lecteur. Les rebondissements ne manquent pas. Le scénario fonctionne à merveille. Mais, sans le dessinateur Stéphane Douay, l’histoire manquerait de sel. C’est lui qui parvient à donner un rythme effréné au récit par un découpage incisif. Ses décors sont superbes. Ses personnages sont vrais. Sa façon d’évoquer le passé des deux hommes attise encore le suspense. Bref, le lecteur entre littéralement dans chaque planche pour un voyage sans retour. Les couleurs de Maud Buchwalder complètent à merveille le récit.
Un thriller dense et tendu qui mérite le détour…