BD : Julia & Roem

Dans le désert inhospitalier, au volant de sa voiture de sport, une Ferrari, Howard Georges Lawrence, ancien aumônier militaire multiconfessionnel, possédant des secrets militaires de survie, trace la route. Sur son chemin, il découvre deux hommes déshydratés et un rapace blessé. L’un des hommes est Roem. Grâce à ses pilules d’eau en poudre, il les sauve et les installe dans sa voiture… Julia & Roem est le deuxième volet d’une trilogie sur notre planète commencée avec Animal’z où Enki Bilal se préoccupait de l’avenir de l’homme et de sa planète. Marqué par l’adaptation cinématographique du Mac Beth de Roman Polanski, Bilal revisite avec panache Roméo et Juliette, le mythe shakespearien de l’amour impossible. L’intrigue suit celle de la pièce mais, l’auteur a pris des libertés littéraires et stylistiques. L’épilogue est aussi différent : pas de réconciliation sur fond de mort mais plutôt l’espoir que l’amour sauve la race humaine. L’histoire s’est construite petit à petit et l’auteur a pris le parti de donner une fin heureuse à son récit. Bilal respecte la dramaturgie de Shakespeare : chaque protagoniste de la BD a une forme poétique qui évolue au fil de l’intrigue. Lawrence incarne à lui seul les trois religions monothéistes. Conséquence de sa vie personnelle marquée par la guerre, Bilal invente un personnage qui est la solution progressiste aux incessants affrontements religieux. Graphiquement, le trait de Bilal est fluide, élégant, inégalé.

 

Une réflexion puissante sur l’avenir de l’espèce humaine et sur l’amour…

 

 

BD : Bjorn Le Morphir

Hiver 1065, dans le Fizzland, au Nord de l’actuelle Europe. Le chétif Bjorn se découvre Morphir. Le terme Morphir désigne une certaine classe de héros nordiques. Le Morphir se distingue par l’évolution soudaine de son caractère et de ses aptitudes physiques. D’abord peureux et malingre, il se lève un beau jour pour devenir un guerrier d’exception. Après avoir sauvé sa famille, le voici qui a grandi. Bjorn et Ketill, son compagnon, rejoignent la ville de Koy pour y chercher une nouvelle épée. Il essaye son épée avec Svartog. Mais, Svartog brise l’épée de Bjorn et le menace de mort. Puis, il s’enfuit. Personne n’y comprend rien. Svartog revient alors dire à Bjorn qu’il a perdu la tête. Il offre sa vie à Bjorn. Ce dernier décide de l’incorporer à son expédition. Bjorn dévoile à ses compagnons le but de sa mission. Le Roi souhaite que l’on retrouve son fils, le Prince Sven qu’il a dû sacrifier à la Reine des Enfers. Bjorn va-t-il réussir sa mission ? Bjorn le Morphir est d’abord une série de romans jeunesse (cinq à ce jour). Une saga née des histoires que Thomas Lavachery inventait pour son fils. Destinée aux adolescents, l’album regorge de bonnes bagarres et de personnages intriguants, voire inquiétants. Pour l’écrire, Lavachery prétend s’être inspiré des Trois Mousquetaires de Dumas. Mélangeant le fantastique et l’heroic fantasy, l’intrigue à rebondissements ne manque pas de captiver.

 

Une aventure trépidante qui passionnera les ados…

 

BD : Jean-Claude Tergal ne rentre pas seul ce soir T10

Raté sentimental, éternel célibataire collectionneur de râteaux, Jean-Claude Tergal n’a aucune chance avec les femmes. Le voilà dans le T.G.V. à côté d’un mangeur de shawarna qui mastique de façon épouvantable. Et, cela, Jean-Claude ne supporte pas. Il va donc s’isoler dans un wagon vide. Là, un grand moustachu vient lui parler de sa femme. Elle a pris ses cachets du soir par inadvertance. Jean-Claude (J.C.) pourrait-il l’aider à débarquer du train ? Trop bon, J.C. accepte. Le moustachu amène sa femme apparemment dans un profond sommeil. J.C. se fait des films. Il se voit sur une plage avec la belle promenant un chien. Puis, il ressent un pressant besoin d’uriner. Tout à coup, un doute l’assaille. Et, si la belle était morte ? Au moment où il se décide de vérifier, le mari revient. Ils débarquent du train. Le moustachu va chercher un taxi et ne revient pas. Que va faire J.C. avec ce corps inerte ? Tronchet (Raymond Calbuth, Fulgurex) reprend ici un de ses personnages favoris créé en 1990 qui lui a valu l’Alph’Art Humour du Festival d’Angoulême 1998. Cette série lui a inspiré un film, Le Nouveau Jean-Claude, réalisé en 2002. La bêtise de Tergal fait franchement rire, mais elle le rend aussi attachant. Cette fois, il rencontre une femme et cela donne lieu à des moments désopilants tellement son imagination est débordante. D’un trait lourd et gras, Tronchet n’a pas son pareil pour tracer des personnages inquiétants dans des décors glauques.

 

Un album hilarant qui nous fait voir la face cachée de J.C. Tergal…

 

BD : La mémoire d’Abraham T2 Arsinoé est morte

Rome. 135 après J.C. Fils d’Absalon, Amnon découvre de la bouche de son père l’histoire de sa famille. En 70 après JC, les Romains ont détruit le Temple de Jérusalem. Les juifs se sont révoltés, mais se sont brisés contre la solidité de l’Empire Romain. Abraham a été contraint à l’exil avec sa famille. Il choisit de s’établir à Alexandrie. Là, ses fils ont pris part à l’insurrection et ont conquis la ville… Fou de douleur à la mort de sa mère, l’écrivain Marek Halter s’est penché sur les origines de sa famille. Pour se sentir un peu moins seul. Cela a donné un roman, La Mémoire d’Abraham, devenu un best-seller. Il y est question de transmission et d’enseignement. Quand on lui a proposé d’adapter son histoire en bande dessinée, il a sauté sur l’occasion. Pour lui, la BD a le pouvoir de fasciner les jeunes. L’adaptation est dirigée par Jean David Morvan et supervisée par Halter. Les couvertures sont signées Rosinski, le dessinateur de Thorgal. L’histoire de la famille d’Halter débute en 70 après J.C. pour s’achever dans le ghetto de Varsovie avec la mort de son grand-père. Comme pour le premier volume, l’histoire du peuple juif est fidèlement retranscrite avec  son lot d’heureux et malheureux événements. L’intrigue est solide et bien documentée. Le dessin de la partie historique a été confié à Xavier Besse qui s’en sort avec mention tant pour les décors que pour les personnages.

 

Un pari réussi avec ce second volume qu’on lit d’une traite…

 

 

BD : Freak Angels Volume 3

Il y a 23 ans, en Angleterre, douze enfants naquirent exactement au même moment. Il y six ans, ce fut la fin du monde. Mais, il y eut des survivants. Les douze devinrent les Freak Angels et se chargèrent de protéger une petite communauté à Whitechapel. C’est alors qu’un corps mutilé est découvert par Kaitlin. Puis, Luke, un des douze, use de son pouvoir pour violer une femme… Ce qui fait la particularité de cette BD, c’est d’être un comics prépublié sur le net. Le scénariste Warren Ellis a fait des comics son terrain de prédilection. Il livre ici le troisième volet d’une histoire située dans un futur après l’apocalypse. Ce troisième opus fait la part belle aux scènes d’action. Suspense et rebondissements jalonnent le récit. Il a fallu aussi à Ellis le talent pour approfondir la psychologie des personnages qui sont fort nombreux. Au meurtre se greffe une affaire de viol sordide. Par ailleurs, il y a gros à parier qu’on se trouve face à un tueur en série. Si Ellis emploie le truchement des superpouvoirs, c’est pour mieux nous parler de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus viscéral, de plus beau et de plus sale ! Le dessinateur Paul Duffield travaille avec un découpage de trois ou quatre cases par planches se rapprochant ainsi du manga. Ce qui facilite la lecture. Son trait fin, laissant toute latitude à ses somptueuses couleurs, ouvre des espaces dans lesquels s’engouffre volontiers le temps qui passe, dans sa dimension la plus quotidienne.

 

Pour les fans de science-fiction et de fantastique…