BD : MétaMuta

Quelle drôle de mixture a ingéré Angelino ? Après un accident de voiture où il croit perdre son ami Vinz, celui-ci vit un rêve éveillé : flash-back dans son enfance, fusillades sanglantes dans un centre commercial, invasion des rues et bâtiments par une curieuse substance noire… Bientôt, la rencontre d’une intrigante jeune femme lui remet les pieds sur terre. Elle est belle, mystérieuse et il ne tarde pas à en tomber éperdument amoureux. Mais leur entrevue va bientôt tourner au vinaigre, et se transformer en une folle cavalcade façon Bonnie et Clyde…

Reculer pour mieux sauter ! Telle pourrait être la devise de Run, le prolifique créateur de la série Mutafukaz qui, après l’ovni visuel « It came from the moon », propose une nouvelle digression de son univers noir et intemporel. Sauf que pour cette fois, il délaisse le crayon entre les mains d’un nouveau dessinateur qui a eu (presque) toute liberté sur MétaMuta. Le résultat est aussi épique que Mutafukaz, mais fait la part belle aux émotions et à une sensibilité à fleur de peau : l’amour destructeur d’Angelino, ses dilemmes existentiels, le deuil de son ami Vinz… le tout saupoudré d\’une action essouflantte, rythmée entre les détonations d’armes à feu, les cascades impossibles et les mauvaises chutes : autant dire que la lecture se fait à cent à l’heure ! En résumé, MétaMuta est une expérience visuelle intéressante, qui est finalement assez rare dans le monde de la BD : qu’un auteur accepte de laisser les clefs de son appartement, pour qu’un deuxième vienne refaire toute la déco, c’est prendre un risque, celui de perdre les fans… Mais que ces derniers se rassurent, avec MétaMuta, ils resteront dans leurs chaussons. Et en prime, l\’expérience a peut-être inspiré à Run quelques

idées pour alimenter la suite de la série…

BD : Mégaron tome 2 : L’antistase de l’héritier

La quête de Jason le Magnifique touche à sa fin alors qu’il s’apprête à ramener dans son royaume une mouche dont la piqûre – à condition d’y survivre – donne accès à la connaissance universelle et des pouvoirs surhumains. Le roi Meidos en aurait en effet bien besoin, face aux dommages infligés à ses troupes par l’armée du terrible Azor. Mais il reste encore quelques obstacles pour Jason et son acolyte porcin Ronnie

avant de rejoindre leur destination. Ils devront en particulier franchir un marais glauque et passer sur le corps du démon Arrak, lequel fait de terribles révélations à Ronnie. Le porc-garou serait le père de l’enfant

de Tamina, la fille du roi. Et celui-ci courrait de graves dangers. Il n’en fallait pas plus pour faire entrer Ronnie dans une rage noire…

Un sanglier et une hyène humanoïdes, un chevalier laid comme ses pieds, un démon déguisé en lapin cuisinier, un bébé aux superpouvoirs… Le casting de Mégaron a décidément de quoi faire rire. Et il faut l’avouer, on rigole pas mal. Car un des buts à peine déguisés de la série est de tourner en dérision les clichés de l’heroïc-fantasy : l’histoire fait ainsi la part belle aux anachronismes (que vient faire un ustensile de barbecue dans une cuisine médiévale ?), ridiculise l’obsession pour les amulettes et autres bibelots magiques ou introduit des propos plutôt décalés pour une aventure où le destin de l\’humanité est en jeu… On s’amuse notamment de la finesse dont fait preuve Ronnie : on trouve par exemple « tu vas me laisser partir gentiment sinon je t’explose la face » parmi ses remarques les plus aimables. Bref, ce détournement habile du genre chevaleresque est bien trop rare pour passer à côté. On regrette seulement que l\’aventure Mégaron soit déjà fini…

BD : Bloche T21 Déni de fuite

Paris. De nos jours. En arrivant à son bureau, le détective privé, Jérôme K. Jérôme Bloche, retrouve sur le palier Caroline, la petite fille de son voisin. Elle prétend avoir été abandonnée par son papa. Il la confie à Madame Zelda, son amie qui est voyante, et contacte les grands-parents de l’enfant. Bien vite, il découvre que le père de la fillette a été renversé par un chauffard qui a pris la fuite. Son ami épicier, Burhan  Seif el Din l’engage pour retrouver le coupable du délit. Pour cette vingt-et-unième enquête, Dodier part d’un fait divers courant, une enfant abandonnée suite à un délit de fuite. On se prend de suite au jeu qui consiste à trouver avant Jérôme et avant la fin, l’identité du criminel. Pour corser l’histoire, Dodier nous concocte un petit chantage pas piqué des vers. Et, le charme opère avec ces personnages familiers dans Paris, qui vole, par moments, la vedette à Jérôme. On a même l’impression que l’auteur a mis en scène un récit parfaitement réaliste dont la principale qualité est qu’il pourrait nous arriver un jour. Dodier nous montre à chaque fois de nouveaux aspects du caractère de Jérôme. Ici, il aime jouer avec les enfants et se révèle un piètre cuisinier. Avec son trait clair, élégant, précis et réaliste, Dodier parvient à nous enchanter grâce à une savoureuse galerie de protagonistes et une reproduction fidèle et envoûtante de Paris.

Une enquête passionnante qui devrait décourager ceux qui ont envie de commettre un délit de fuite…

BD : L’escapade de l’ourson Yakari T35

Yakari et Petit Tonnerre retrouvent Rayon-de-Miel, l’ourson qui a quitté le giron de sa  mère à la condition expresse de revenir de temps en temps. C’est l’occasion de jeux entre les amis et le Maigrichon, un autre ours. Jusqu’au jour où Rayon-de-Miel se fait enlever par Arc-Tendu, un chasseur indien fou. Comment Yakari va-t-il parvenir à le délivrer ? Chaque nouvel album de Yakari, le jeune indien sioux qui parle aux animaux, est comme une bouffée de fraîcheur. A la fois didactique et poétique, on y retrouve un univers rempli d’animaux fascinants. Job fait souvent appel à la mythologie indienne et aux séquences oniriques. Ici, il nous fait la démonstration d’un amour maternel excessif. Avec son trait rond et agréable, Derib illustre à merveille ce récit captivant. Il faut savoir que Yakari vient d’être mis à l’honneur à Bruxelles par le biais d’une fresque murale sur la Maison des Enfants de Saint-Gilles. En même temps que L’escapade de l’ourson sort un album poster où Derib a dessiné 24 affiches reprenant les animaux amis de Yakari. En 1969, Derib et Job ont créé Les aventures du hibou Pythagore, un volatile intelligent. Les éditions du Lombard ont eu la bonne idée de réunir ces histoires passionnantes dans une intégrale. Yakari n’est pas seulement destiné aux enfants. Il peut aussi distraire les adultes et les amener à découvrir la BD.

Un album à conseiller sans restriction…

BD : Geluck se lâche Textes et dessins impolis

Elevé par une gouvernante prussienne dans une famille noble mais désargentée, ma petite enfance ne fut pas rose bonbon tous les jours. Le ton est donné par un des plus célèbres humoristes de la planète dans la préface de Geluck se lâche, titre d\’un livre poilant qui reprend 56 chroniques et 50 dessins publiés dans Siné Hebdo. C\’est là que Geluck se dessine et qu\’on peut enfin admirer son physique de rêve tandis que le Chat se manifeste par une présence discrète. L\’auteur rend hommage à Michael Tippett, élu comme le plus beau bébé wallon. Devenu cardinal, il est excommunié pour avoir montré son derrière à tous les fidèles, un jour où il était ivre mort. Après avoir remporté de nombreuses courses cyclistes, Tippett, criblé de dettes, meurt de chagrin suite à l\’insuccès que rencontre son université des pêcheurs de crevettes à cheval ! Dans la même veine que Le docteur G, qui a fait rire plusieurs générations de patients et de non-patients, ce recueil de textes fort bien tournés prouve une fois encore que Geluck, en toute grande forme, a un humour ravageur et iconoclaste. Tout y passe: les propos controversés du pape, les commentaires parfois cruels de l\’actualité et les réflexions profondes sur le sens de la vie. Laquelle, selon l\’auteur, ne sert pas à grand chose. Il faut croire quand-même que sa vie à lui est utile puisqu\’il nous inonde de bouquins drôles à se fendre les zygomatiques.

Un pavé hilarant à consommer pour se dérider…