Un auteur doit avoir faim pour être productif

Qu’il est loin le temps où des auteurs pouvaient mourir dans la misère. Honoré de Balzac et bien d’autres ont donné la preuve que les dettes financières pouvaient faire transformer un simple inconnu en un travailleur forcené pouvant écrire à en perdre la santé. Qu’il est loin le temps des heures d’écritures par jour et nuit… La pauvreté, la misère, la détresse sont les vecteurs de l’imagination de l’esprit. Le courage, l’envie de réussir, le travail sont les vecteurs de la production.  Qu’il est loin ce temps et c’est certainement une bonne chose, humainement parlant, mais ce qui remplace n’est guère mieux. À présent un auteur est considéré comme un salarié. C’est une grande erreur. Afin que les auteurs puissent avoir droit à la sécurité sociale il fallait leur donner un statut, ce fut celui du salarié, plaisant dans l’esprit car il a par définition un patron et touche normalement un salaire tous les mois… Quelle blague. Aujourd’hui, les mêmes qui défendent les droits d’auteurs salariés refusent de payer toutes les nouvelles cotisations et impôts qui sont attenants au statut au motif de la précarisation. Ils ont raison sur ce point mais ils ont complètement tort sur bien d’autres. Un auteur n’est pas un salarié, c’est un professionnel indépendant. Il choisit ce qu’il va ou pas produire, il choisit les éditeurs à qui il va faire ses propositions, il va vendre son travail au plus offrant. On a voulu faire croire qu’auteur est un métier comme un autre ce qui est parfaitement faux. Être un auteur c’est avoir une envie de créé, d’avoir une idée ou une histoire à mettre sur le papier, c’est une passion qui prend beaucoup de temps et qui donne souvent plus d’illusion que de satisfaction. Être un  auteur professionnel c’est le grand plus, c’est le résultat final, la consécration des chiffres des ventes, l’estime des lecteurs, qui ne dure qu’un temps… Combien d’éditeurs, de responsable des festivals ont abusé de ladite passion des auteurs ? Même eux le pensent sans le dire, auteur ce n’est pas un métier donc ils peuvent bien venir faire des dédicaces gratuitement, ils auront la gratification de rencontrer les clients, pardon les lecteurs… En cela l’existence des syndicats des auteurs est une bonne chose mais il ne faudrait pas que cela entraîne le troupeau à l’abattoir en ne voyant que le présent sans rien percevoir du futur. Les maisons d’éditions commencent à réduire la voilure des parutions. Il faudra attendre encore quelques années pour s’en rendre compte mais c’est un nouveau cycle qui débute. Une sélection plus précise des nouveautés pour des raisons de qualité produira une réduction des nouveautés donc moins d’auteurs et moins de cavaleries pour les éditeurs qui sera compensé par une augmentation du prix de vente ce qui va produire automatiquement une baisse du volume des ventes avec une sensible baisse des revenus des auteurs et à terme une augmentation des profits des éditeurs. C’est cela le futur dans le monde de l’édition. Un grand ménage va être fait au nom de l’économie qui remplace l’humain.  Je n’ai certainement pas la prétention de dire que je sais ce qu’il faut faire mais à mes yeux il me semble évident que le combat n’est pas sur le bon champ de bataille. Il faut instaurer par la loi un pourcentage des droits d’auteurs minimaux selon les œuvres et il faut aussi instaurer un calcul du prix de vente avec un quotient minimal ce qui produira obligatoirement une augmentation du prix de vente avec une répercussion positive puisque les auteurs ont un % dessus. Il n’est pas normal qu’un auteur ne touche parfois que des centimes sur la vente de son livre. Cela produira bien des remous mais c’est la seule garantie pour les auteurs d’avoir peut-être un revenu décent. Le titre de cet article est bien-entendu ironique.

 

Les détectives du surnaturel, tome 1 : Une bête au collège

De nos jours, quelque part en France. Marie, Justine et Stan sont les derniers à quitter le collège quand, tout à coup la lumière s’éteint et un animal étrange les agresse et blesse Stan. Les enfants trouvent leur salut dans la fuite mais ne sont pas capables de l’identifier. Un chien méchant ou autre chose ? Bien entendu la principale et les professeurs ne les croient pas et pensent qu’il s’agit d’une histoire inventée pour éviter les ennuis suite à une bagarre. Ulcéré, le trio décide de contacter l’agence des Détectives du Surnaturel qui est spécialisée dans ce genre d’affaire. Clara et Gabriel, deux spécialistes du paranormal sont envoyés incognito pour élucider le mystère…

Tout le monde le sait, le collège est un endroit effrayant, entre l’apprentissage des langues étrangères et les cours de maths, on n’y rigole pas tout le temps mais si des monstres y font leur apparition, rien ne va plus. Les auteures nous donne un récit qui, toute proportion gardée, rappelle un peu la série X Files mais sans ce qui pouvait y être effrayant. Cet album –plutôt sympathique par son humour– est axé vers les jeunes ados qui y retrouveront l’ambiance des salles de cours. Cependant on reste un peu sur notre faim, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Qui sont Clara, la cryptozoologiste, et Gabriel le cartésien ? Quel est leur parcours, leur âge ? Les élèves d’un collège ont entre onze et quinze ans, comment des adultes peuvent-ils se faire passer pour des élèves de ce genre d’établissement ?

 

Les détectives du surnaturel, tome 1 : Une bête au collège,

Naima Zimmermann et Alicia Jaraba.

Editions Jungle, 56 pages, 10,95 euros, ISBN : 9782822222693.

Beauté Noire et le Groupe Prospero – tome 1 : Les Chasseurs de Haine

Fin du XIXe siècle. Alors que Paris a encore du mal à cicatriser des plaies de la Commune, un attentat se prépare contre l’écrivain Émile Zola. Son crime ? Avoir osé défendre le capitaine Dreyfus dans son célèbre texte « J’accuse ». Heureusement pour lui, dans cette Europe secouée par l’antisémitisme et la montée de l’anarchie, un groupe secret de marginaux lutte pour défendre les victimes des persécuteurs. Elle est noire, ils sont juifs, métèques ou saltimbanques. Ensemble, ils ne font qu’un. Ils sont le groupe Prospero…

Le ton (ambiance, scénario et dessin) nous ramène à la grande époque du roman feuilleton : le XIXe siècle. Paul Féval, Alexandre Dumas, etc. ne sont pas loin, les rebondissements et les déguisements abondent mettant en scène des personnages peu fréquents dans la BD classique. Prendre comme héroïne centrale une jeune métisse dont les parents furent exécutés lors de la Commune qui, à défaut de justice, recherche la vengeance est inhabituel et prometteur. C’est vrai, l’idée de base était séduisante. Mais pourquoi Simsolo s’est-il laissé aller à mettre autant en avant la violence presque gratuite ? Bien sûre, elle est omniprésente à cette époque mais que les membres du groupe Prospero –censés être les gentils– ne reculent pas devant le crime pour faire triompher leur idéal de liberté et d’égalité, procure un certain malaise.
Malgré ce point (important) l’album est attachant et permet de retrouver la face cachée de cette Belle époque qui ne l’était pas pour tout le monde.

Beauté Noire et le Groupe Prospero – tome 1 : Les Chasseurs de Haine, Noël Simsolo et Olivier Balez. Editions Glénat, 48 pages, 15 euros, ISBN : 9782344012376.

Le cycle des Acmènes : Namathée

Sur un fleuve furieux, un esquif file au gré des flots. A son bord, un homme blessé, inconscient. Un aigle survole l’embarcation et la force à prendre un bras moins tumultueux. Par les yeux de l’oiseau, Forourgh, la prêtresse du Temps, se rend compte du danger et envoie en grand secret Tarcyt, l’un des meilleurs capitaines de la cité, et quelques compagnons à travers le désert pour sauver cet étranger aux cheveux d’or.

Soigné par la prêtresse, l’homme va se rétablir mais il a perdu la mémoire. Tout son passé est effacé ! Pour ne pas demeurer l’étranger, avec l’aide de Forourgh, il décide de s’appeler Arcan et de s’intégrer totalement à Namarthée, cette cité qui est menacée par des envahisseurs sans pitié venus de tous les côtés de l’horizon. Alors qu’Arcan travaille aux champs avec d’autres citadins, une bande armée sème la mort parmi ses compagnons et le naufragé constatant qu’il sait se battre veut intégrer les défenseurs de Namarthée. Un rôle réservé aux citoyens. Pour le devenir de façon officielle, il devra subir une épreuve initiatique : ramener un œuf d’aigle de la montagne proche…

L’heroic fantasy épaulée par l’histoire

Premier roman de Florent Bainier, Namathée relève de l’heroic fantasy. Mais à la différence de Conan qui a popularisé le genre en France, nous avons un personnage plus réfléchi  qui ne se sert pas uniquement de son épée et utilise aussi son intelligence. Par ailleurs, l’auteur fort d’une solide culture historique donne corps à un récit crédible et emprunte beaucoup à différentes nations antiques qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Perses, Egyptiens, Grecs Scythes, Incas et d’autres sont mis à contribution tant pour leurs particularités culturelles que religieuses ou militaires. C’est ainsi que l’épisode des Horaces et des Curiaces rappporté par Tite-Live est repris ici presque sans changement. Autre emprunt à une civilisation antique et non-européenne, le voyage dans l’astral –effectué par Arcan et les grands prêtres de Namathée– trouve son origine dans le bouddhisme tibétain. Pour son roman, Florent Bainier a choisi le cadre de l’âge de bronze (entre 3000 et 1000 avant J.-C.), c’est la période des cités-états qui précède celle des premiers grands royaumes et empire. Une époque qui, comme il l’avoue le fascine : « Enfin, si l’action se déroule dans la haute antiquité, à l’époque de l’âge du bronze, c’est parce que j’ai toujours été fasciné par cette période, l’histoire antique et la mythologie. Les peuples intervenant dans Namathée et les paysages traversés m’ont été inspirés par mon goût pour l’archéologie et mes voyages autour du monde ».

Un récit d’action et d’aventures

Les cités sont bien décrites tout comme les remparts ou l’architecture des grands bâtiments mais ce qui manque, ce sont les petites gens qui font vivre et animent ces cités. Tarcyt, l’un des principaux personnages, est forgeron mais on ne le voit pas travailler le métal et sa vie de famille semble inexistante. Rien ou presque sur le peuple. Récit d’action, le narrateur, s’il brosse à grands traits l’histoire de  Namathée et son panthéon se concentre essentiellement sur le rôle de quelques dirigeants, même si pour leur donner un aspect plus humain il esquisse une histoire d’amour impossible.

Petit bémol, l’on peut regretter une absence de suspens dû à l’usage des rêves prémonitoires même si parfois, leurs interprétations sont sujettes à confusion comme dans le cas de Crésus interrogeant la pythie à propos de la guerre qu’il voulait mener contre la Perse. L’oracle répondit : « Si Crésus traverse l’Halys, il détruira un grand empire ». Comprenant que la victoire lui était acquise, Crésus se lança dans la guerre et son empire fut détruit. Dans un de ces rêves, Arcan voit s’offrir deux avenirs, celui d’un conquérant tel Alexandre ou, s’il fait le mauvais choix, la mort… Réponse dans le volume 2 (à paraitre).

Estimant trop long, le temps de réaction des éditeurs classiques, Florent Bainier a opté pour l’auto-édition afin de se frotter plus rapidement aux lecteurs malgré les risques de méconnaissance de la critique. En effet, si beaucoup de livres, publiés à compte d’auteur ou en auto-édition, souffrent d’une mauvaise réputation en raison d’un manque de relecture professionnelle, tous ne sont pas à dédaigner (comme le célèbre Du côté de chez Swann, le premier volume de A la recherche du temps perdu de Proust) dont la première édition se fit justement à compte d’auteur. Ce premier roman de Bainier (qui n’est pas Proust) évite le côté pesant de l’amateurisme. L’auteur sait écrire et captiver son lecteur avec un style fluide et agréable. Le récit –découpé en chapitres courts– donne un rythme alerte et soutenu sans être trop rapide, les descriptions et les personnages bien amenés sont crédibles.

 

Le cycle des Acmènes tome 1 : Namathée, Florent Bainier.

Diffusion Amazon , l’ouvrage est disponible en trois versions : un ebook à 2.99 euros, un format poche à 10.90 euros, et un grand format à 20 euros pour 500 pages.

Jan des cavernes

Wa-Wa-Jan est un petit garçon très gentil, il est très fort mais aussi désobéissant et très maladroit. Un jour, au moment du repas, il se bagarre avec un grand qui lui a piqué son gigot de renne. Dans l’échange de coups, Wa-Wa-Jan se cogne à la statue menhir qui protège le clan de la colère du volcan. Le choc est brutal, la statue tombe et se casse. Et le volcan se réveille et gronde sa fureur. Wa-Wa-Jan est immédiatement conduit devant les anciens de la tribu qui, avant de le bannir du clan, effacent les tatouages dont il était si fier. Wa-Wa-Jan ne fait plus partie des hommes bleus, c’est un paria, il est jeté à la rivière…

Traversant de nombreuses aventures et faisant des rencontres extraordinaires, Wa-Wa-Jan va grandir et rentrera chez lui. L’histoire se déroule en pleine préhistoire, bien avant que l’homme pense à cultiver la terre. Dans un conte qui est (peut-être) à l’origine des contes, les auteurs nous livrent un récit initiatique adapté aux plus jeunes (l’éditeur dit à partir de trois ans). Une BD sans bulle mais pleine de gentillesse et de magie pour ceux qui ne savent pas encore lire. Un cahier de cinq pages montre, exemples à l’appui comment dessiner les principaux personnages et, en  fin de volume, le texte de l’histoire (en gros caractères) tentera ceux qui désirent se lancer dans l’aventure de la lecture à moins que les gentils parents ne s’y collent pour partager un petit plaisir familial en regardant briller les yeux des enfants.

Jan des cavernes, Martin Barotte et Domas.

Editions Bamboo, 48 pages, 10,95 euros. ISBN 978-2-81894-457-8