Programme de la librairie Matière Grise de Janvier 2019

Pour rappel, la librairie indépendante à Montrouge depuis 2012 a ouvert un nouveau point de vente le 1er décembre :
– Le 73 avenue de la République reste votre librairie spécialisée bandes dessinées
– Le Vent des Pages au 70 avenue de la République devient Matière Grise, librairie générale et jeunesse.

LES PROCHAINS ÉVÉNEMENTS

Pour réserver votre place pour une séance, vous devez envoyer un mail à dedicace@librairiematieregrise.fr en précisant l’auteur et le créneau horaire souhaités, ainsi que l’album que vous souhaitez  pour la dédicace. Les places seront attribuées en priorité aux réservations contenant toutes ces informations.

Cyril Trichet
Mercredi 9 janvier de 15h à 19h

pour « Les Arcanes du Midi-Minuit »
aux éditions Soleil

et

Béatrice Tillier
Jeudi 17 janvier de 14h30 à 18h 

pour « La Complainte des Landes perdues » aux éditions Dargaud

Le site de la libraire: http://www.librairiematieregrise.fr/

 

L’importance d’Amazon pour les éditeurs

Quelle est l’importance d’Amazon pour les éditeurs ? C’est ce que nous avons voulu savoir.

Sous la promesse de la confidentialité, nous avons réussi à convaincre trois éditeurs ayant des modes de vente différents de nous ouvrir leurs registres de vente afin de pouvoir en faire des comparaisons. Et le résultat est vraiment surprenant.

Nous commençons par le plus petit des trois éditeurs, « A ». Il existe depuis plus de deux ans, possède un catalogue d’une quinzaine d’ouvrages avec certains qui ont fait plus de 500 ventes. Il a fait le choix de vendre en direct sans diffuseur ni distributeur.  Il est référencé sous Dilicom et Electre, il reçoit donc des commandes venant des libraires. Son refus de prendre un distributeur  est purement économique. Il vise des ventes en direct dans les salons littéraires. Pour autant il a des commandes des libraires, presque uniquement à l’unité puisqu’il s’agit des ventes  sans retour. Il exige un payement à la commande, car il ne désire plus avoir, je cite : « un gros classeur d’impayé de la part des libraires »… On comprend rapidement que la vente en librairie n’est pas vraiment sa tasse de thé. Nous avons eu la possibilité de faire l’analyse des 6 derniers mois de vente avec comme résultat un % de commande d’Amazon qui correspond à 45% de toutes ses ventes. Pour lui Amazon représente un client sérieux qui paye toujours… Ce qui est surprenant c’est que nous avons en face de nous un éditeur qui cherche l’indépendance face aux libraires, mais qui finit par faire presque  la moitié de ses ventes avec un seul marchand…

Le deuxième éditeur, « B », existe depuis 5 ans, il possède un catalogue d’un peu plus d’une centaine d’ouvrages et fait à présent paraître en moyenne 30 livres et BD par ans. Il travaille avec un distributeur ce qui lui retire le travail de commande et de gestion. Pour lui, même si cela à un prix, environ 55% du prix de vente, celui lui permet de se consacrer davantage à son travail d’éditeur. Il râle beaucoup sur les retours en disant que c’est de la faute des libraires qui font trop de commandes, à croire qu’ils ne connaissent pas les choix de lecture de leurs clients. Il ne comprend pas pourquoi, malgré le fait qu’il puisse avoir un distributeur, qu’il puisse encore avoir des commandes en direct de la part des libraires qui essayent d’avoir une meilleure réduction… L’éditeur avance que s’il travaille avec un distributeur c’est pour justement ne plus devoir faire les commandes et les relances des factures. L’analyse des 6 derniers mois a été facile. D’un côté une importante liste de libraire passant des commandes à l’unité, ce n’est qu’une grande colonne du nombre 1, et de l’autre côté des noms des gros vendeurs comme la Fnac, mais avec en tête des commandes d’Amazon qui représente plus de 60% de la totalité des commandes.

Le troisième éditeur, « C » existe depuis 3 ans, il possède un catalogue de 70 ouvrages. Il travaille avec un diffuseur et un distributeur, ce qui lui permet d’avoir ses ouvrages présents presque partout en librairie. Lui aussi proteste énormément sur les retours des libraires. Il explique qu’il fait le choix de réduire le tirage qui va partir en diffusion quitte à faire une rupture de stock afin d’avoir moins de retour pour ensuite faire des nouveaux tirages parfois beaucoup plus importants, mais vendus en distribution donc avec un taux de retour moindre. Si le mode de procédure est contestable économiquement parlant, les résultats eux sont bien présents, pour preuve des pics de vente dépassant les 3000 exemplaires. Nous avons volontairement mis de côté les chiffres des retours et les chiffres de diffusion pour uniquement voir ceux du distributeur. Et ce fut une énorme surprise : Amazon représente 75% de la totalité des commandes sur une année entière.

Il est à présent impossible voir suicidaire pour un éditeur de refuser de vendre avec Amazon. Les libraires ne sont pas suffisamment nombreux et ils ne font pas suffisamment de commande et de vente pour qu’un éditeur puisse dire qu’il refuse Amazon. Pourtant il ne faut pas jeter la pierre aux éditeurs, ce sont les lecteurs, les clients qui font le choix du lieu de leurs achats. La grande force d’Amazon est d’avoir à disposition toutes les références, même ceux produits par des petits éditeurs comme « A » qui sont introuvables sur les tables des libraires. C’est la diversité qui manque aux libraires. Pour autant les éditeurs « B » et « C » ont des contradictions de langage, ils râlent contre les libraires et les retours, mais ils ont volontairement fait le choix de prendre des distributeurs pour justement être présent chez les libraires dans le but d’être le plus visible que possible. Et malgré cela leur client principal c’est toujours Amazon. Il est connu qu’il est dangereux de dépendre d’un seul client. Que va-t-il se passer si un jour Amazon décide de ne plus commercialiser certains éditeurs ?

Le monde du livre est en récession, on vend plus de référence, mais moins en volume, en clair cela signifie que les Français achètent moins de livres ! Les premières victimes de la réduction des ventes ce sont les auteurs à qui la société a voulu faire croire que la profession d’auteur était couverte par des cotisations à une certaine protection. Être auteur est certes un métier, mais sans garantie financière. Les prochaines victimes vont être les libraires qui doivent faire face à la concurrence d’Amazon et à une réduction du chiffre d’affaires. Les suivants seront les éditeurs et les toutes dernières victimes seront les lecteurs qui  n’auront plus que la possibilité de  lire ce qu’Amazon n’aura pas fait interdire, car c’est bien dans une direction totalitaire que notre société prend le chemin.

La solution n’est pas d’interdire l’existence d’Amazon. Il faut combattre le mal par le mal, faire en sorte que les libraires puissent vendre des livres comme ceux de l’éditeur « A », il faut que les libraires refassent leur travail de découverte, au lieu de toujours mettre en vitrine le dernier Musso… C’est aussi en soutenant les sites marchands regroupant les libraires comme lalibrairie.com que nous pouvons faire changer la situation.

Entretiens avec Gotlib de Numa Sadoul

J’ai un grand respect pour Numa Sadoul, alors quand un éditeur propose une réédition d’un de ses livres, c’est normalement toujours un bonheur. Et quand, en plus, le sujet se trouve être Gotlib, le bonheur devient du fluide glacial (elle était facile celle-là).  Dans son introduction, Numa Sadoul prévient de suite, il recadre le contenu du livre dans sa période d’écriture, 1974. La réédition est complétée par des enregistrements inédits dans la première édition.

C’est entendu. Et il est bien à ce niveau le problème, c’est que le livre ne contient rien de nouveau, tout ce qui est dedans est déjà présent dans d’autres ouvrages. Alors oui, le travail de Numa Sadoul est un point de repère à une date déterminée et c’est toujours un plaisir de lecture, mais quelle désagréable sensation de « déjà lu ».  À cela il faut aussi malheureusement rajouter une déception au sujet de la maquette du livre. Dès la première page de l’entretien les erreurs arrivent, comme l’écriture de l’année 1995 au lieu de 1965… Une erreur en fin de livre, on appelle cela une fatigue du relecteur, mais quand cela se produit en toute première page on appelle cela comment ? Ensuite, pourquoi avoir pris une typographie des lettres aussi petite ? Pour faire une économie du nombre des pages ? Il aurait fallu alors offrir une loupe. Et que dire de la bonne idée de faire une couverture en dure, c’est bien le livre va bien vieillir, mais alors pourquoi le maquettiste n’a pas laissé plus de marge en bordure à l’intérieur ? Pour bien lire le texte, il faut casser le dos. 19.99 euros pour cela c’est presque la mer à boire.

Le seul résultat positif à la fin de la lecture du livre c’est que je me suis mis à relire le livre de Gilles Verlant, Gotlib, ma vie en vrac, chez l’éditeur Flammarion. Le livre date de 2006, mais il est bien plus instructif sur la vie et l’œuvre de celui que beaucoup prennent pour un Dieu du monde de la BD.  C’est donc personnellement une grosse déception, mais ce n’est absolument pas de la faute de Numa Sadoul.